La CGTT réclame sa légalisation

27 janvier 2011

Dans un communiqué adressé au journal La Presse, par M. Habib GUIZA, coordinateur de la Confédération Générale Tunisienne du Travail (CGTT), centrale syndicale non reconnue par l’ancien régime, les membres du Bureau exécutif provisoire de cette organisation affirment « le soutien total du Bureau exécutif provisoire de la confédération à la glorieuse révolution du peuple tunisien, qui a mis à genoux le président déchu Ben Ali, le 14 janvier 2011 », jour dont ils proposent de faire une fête nationale.
Dans cette déclaration, les syndicalistes saluent solennellement la mémoire des martyrs de la révolution tunisienne et déclarent « soutenir les membres démocrates et patriotes du gouvernement provisoire d’union nationale » tout en affirmant « tenir à en voir écarter les membres suspects ».
Les signataires, saluent le rôle important joué par la jeunesse tunisienne et ses internautes pour la réussite de la révolution du peuple tunisien.
Ils saluent aussi le rôle très actif des syndicalistes tunisiens durant un mois de manifestations et de résistance, tout en dénonçant « les surenchères de l’actuel secrétaire général de l’UGTT et son clan » qui, affirment-ils, ont été les « complices de l’ancien régime durant 23 ans » et qui l’ont défendu « sur terre, par mer et dans les airs ».
Les signataires considèrent, en cette ère de la révolution démocratique, « qu’il est temps de rompre avec le modèle et de la culture du « Parti Unique », auquel ont correspondu parallèlement le modèle et la culture du « syndicat unique ». Tout le monde sait que ces deux cultures, identiques et complémentaires, relèvent d’un même modèle de gouvernance et de fonctionnement : un centralisme excessif, une bureaucratie tentaculaire, une concentration de l’autorité, une personnalisation du pouvoir, une crainte maladive de la diversité d’opinion et de la pluralité des positions et des pratiques. Or, il devient de plus en plus évident que tout projet de renouveau et de reconstruction du mouvement syndical tunisien répondant aux exigences nouvelles doit nécessairement rompre radicalement avec ce modèle et cette culture qui, à l’évidence, n’ont plus d’avenir afin de concrétiser le droit des travailleurs d’adhérer au syndicat de leur choix.
Ils rappellent que « des militants et militantes syndicalistes ont pris, depuis le 3 décembre 2006, l’initiative de créer une nouvelle confédération syndicale, la CGTT, que l’ancien régime a refusé de reconnaître ». Une plainte a été portée contre l’ancien gouvernement tunisien au mois de mai 2007 à l’organisation Internationale du travail (OIT) pour violation du droit syndical en Tunisie et notamment la non reconnaissance des syndicats de notre organisation syndicale la CGTT.
La création d’une deuxième organisation syndicale tunisienne (CGTT), à côté de l’UGTT, est l’expression d’une volonté autonome et libre d’un grand nombre de syndicalistes, convaincus de la nécessité de défendre les intérêts des travailleurs. Elle se veut en même temps une adaptation inévitable aux exigences du progrès, de la modernité, de la démocratie et des droits de l’Homme. La maturité et l’expérience accumulées par de très nombreux syndicalistes tunisiens rendent possible le passage aujourd’hui au pluralisme syndical à l’instar de certains pays à forte tradition syndicale dans le monde. Faut-il rappeler que l’activité syndicale dans un cadre pluraliste est un droit constitutionnel en Tunisie, consacré également par les Conventions internationales du Travail (conventions 87et 98) Le Code du travail tunisien consacre ce droit dans ses articles 250 et 252.
Le syndicalisme rénové que nous proposons est appelé à être très attentif, aux changements en cours afin d’être à même d’affronter un environnement en constante évolution et souvent très instable.
Les défis posés par la mondialisation au mouvement syndical exigent de celui-ci de rassembler, dans la diversité, les plus grands franges de la classe ouvrière pour mener des actions communes dans des domaines aussi divers que le chômage et la précarité, la protection sociale, les relations professionnelles à l’intérieur de l’entreprise ou, plus généralement, les conditions de vie et de travail. Dans un modèle productif nouveau et en perpétuelle mutation, le plus grand défi, qui doit constituer la priorité de l’action syndicale, réside dans la garantie des droits économiques et sociaux et en premier lieu celle d’un emploi stable et décent. Ces multiples chantiers qui se présentent aux syndicalistes peuvent constituer des objectifs communs entre les diverses organisations syndicales (CGTT/UGTT) dans le but d’obtenir des acquis au profit des salariés. Cela peut se faire dans le cadre d’un nouveau contrat social qui peut être proposé par les syndicats et qui prend en considération le nouveau cours économique dans ses récentes évolutions.
Le BE provisoire estime qu’il est « temps de voir la CGTT prendre toute sa place sur la scène nationale et être immédiatement reconnue par le nouveau gouvernement, conformément au principe de pluralisme imposé par la révolution populaire ».
« Le mouvement syndical doit soutenir le processus démocratique issue de la révolution du peuple tunisien, la reconstruction de l’Etat de droit et le renforcement du rôle de la société civile tout en appuyant les décisions positives prises, jusque-là, telles que l’amnistie générale, la légalisation des partis et la libération des prisonniers politiques, en espérant que soit évitée toute exclusion des forces vives, politiques, sociales et culturelles », conclut la déclaration.

Publicités

%d blogueurs aiment cette page :